10 tendances majeures touchant le développement des bibliothèques académiques

Vue du 2e étage de la bibliothèque du Cégep de Granby Haute-Yamaska, coté référence

Le comité de recherche et de planification, de la division ACRL, de l’American Library Association, dévoilait hier les dix tendances majeures affectant aujourd’hui et dans le futur, le développement des bibliothèques académiques.  Cette liste repose sur une analyse approfondie des principales publications dans le domaine et d’un sondage en ligne effectué auprès des 9 812 membres (je me souviens d’avoir répondu en février dernier et le sondage était très exhaustif). Les bibliothèques collégiales du Québec présentent plusieurs similitudes avec celles de nos voisins américains, tout en gardant à l’esprit que nos moyens sont souvent plus limités et que l’on se rapproche plus des community college de niveau « undergraduate », mais avec un volet de formation technique.

Voici donc une synthèse commentée de ces tendances. Je sollicite votre compréhension pour l’usage d’anglicismes. Je ne résumerai pas tout, mais retiendrai ce qui est pertinent à nos pratiques et à notre contexte québécois.

1. Développement des collections :                                                         Passer du « juste en cas » au « juste à temps »

Le développement des collections est et sera toujours orienté vers la réponse aux besoins documentaires des usagers. On assiste à une diversification des supports. Chez nos collègues américains, les usagers privilégient le support électronique et la crise économique et le sous-financement ont amené les responsables à réorienter leurs approches. On assiste à émergence d’une nouvelle tendance : passer du juste en cas au juste à temps. Le concept est sans doute inspiré du domaine de la gestion des inventaires et du « just in time ».  Rona a des inventaires limités, mais ce qui est sur les tablettes, c’est ce qui est demandé, avec des heures d’ouverture adaptées pour l’acheter. Une bibliothèque a une collection limitée mais orientée vers les besoins documentaires immédiats de ses clientèles et si elle n’a pas le document en stock elle l’emprunte d’une autre institution et propose des heures d’ouverture élargies pour y avoir accès ou un serveur avec une authentification VPN ou un intranet.

On devrait donc orienter nos politiques et nos services vers la réponse à des besoins immédiats et développer nos collections selon ces paramètres à court terme.  Dans cette optique, le partage des ressources par le prêt entre bibliothèques et la mise en commun de nos collections devraient être accentués.  Sur ce terrain, collectivement les bibliothèques collégiales ont beaucoup de chemin à faire. Les américains y vont avec des ressources plus sophistiquées comme RapidILL et la numérisation de leurs collections. Le concept « d’outils d’analyse de données visuelles »  fait également sont entrée et on cite à ce sujet l’importante synthèse proposée par OCLC. Sans être proposées visuellement, les statistiques d’usage de nos banques de données textuelles (Ebsco, Méthodes de soins informatisée, Eureka) et surtout l’incontournable Google Analytics, pour générer des statistiques sur nos sections les plus consultées de nos sites web, sont des outils d’analyse qui permettent de valider les ressources les plus utilisées.

Pour ma part, j’estime qu’en orientant le développement de nos collections à partir des plans de cours et surtout des compétences des programmes, on a déjà un bon bout de chemin de compléter.  En obtenant la liste des sujets de travaux des cours d’intégration , en sollicitant par courriel les enseignants pour le développement des collections, en consultant régulièrement notre log de statistiques de Google Analytics et en validant sur nos charriots de retour de livres, ce qui est emprunté, on obtient beaucoup d’indices utiles. Finalement le recours au prêt entre bibliothèques, en pédagogie avec de Centre de documentation collégiale ou l’excellent service de p.e.b. de la BANQ, que nous sollicitons sur une base régulière, sont également de bons exemples de partage de ressources.

2. Contexte budgétaire difficile

Aux États-Unis on se remet difficilement de la crise économique et les perspectives de développement sont limitées. Dans le réseau des collèges québécois, la situation est moins difficile. Hier, en conseil de relation de travail, à mon cégep, on nous annonçait une coupure de 150,000 $ à notre institution sur un budget de 20 millions. On va sans doute survivre … Dans notre cas, comme partout en Montérégie, on est en hausse de clientèle et nous avons accumulé, par une saine gestion, des surplus modestes. D’ailleurs, nous ne sommes pas les seuls, selon TVA Nouvelles c’est à plus de 90 millions que ce chiffrent les surplus des cégeps. Toutefois, c’est quand même 33.3 millions de coupures pour l’ensemble des cégeps et dans plusieurs régions, nous sommes en baisse démographique et un nombre croissant de cégeps doivent présenter des prévisions budgétaires déficitaires.

Dans ce contexte, rien ne justifie des coupures dans un service de bibliothèque qui répond quotidiennement aux besoins des étudiants et des enseignants.  On doit mieux nous soutenir en remettant en question d’autres services devenus désuets.  Dans le cas des bibliothèques en région et en baisse de clientèle, des regroupements et la mise en commun de services me semble incontournables. On devrait aussi mieux les soutenir financièrement pour qu’elles puissent offrir les mêmes ressources en ligne que dans les grands centres.

3. Des bibliothécaires polyvalents  

 

Écran d'affichage numérique. Bibliothèque et technologies éducatives.

 

 

L’intégration continuelle des nouvelles technologies de l’information et des communications sollicite de nouvelles compétences chez les bibliothécaires notamment en informatique, en réseautique, en programmation et en numérisation. J’ai eu récemment à mettre en place un petit réseau d’écran d’affichage numérique. J’ai tout assumé en collaboration avec une firme externe et à l’interne, la précieuse collaboration d’une technicienne en communication m’a permis de mettre en place cette infrastructure technologique. À cet effet, nos plans de classification n’ont guère changé et nos salaires dans le réseau collégial sont plus bas que dans les autres secteurs (municipaux et universitaires) compte tenu que nous assumons plusieurs fonctions et responsabilités. On mentionne également dans l’étude le recours à des spécialistes non-bibliothécaires. Dans les cégeps on doit solliciter l’expertise de services connexes, internes ou externes. Pour les bibliothèques collégiales, la dimension « apprentissage » est importante. Le Profil TIC des étudiants du collégial auquel nous avons participé activement, Inuktic et notre présence constante au Congrès de l’AQPC sont des preuves tangibles de notre pertinence dans les activités de l’enseignement.  Un indice pour valider votre relation avec l’enseignement : la place que vous occupez dans l’organigramme. Si vous relevez de la Direction des études et qu’il n’y a pas trop de cadres intermédiaires, entre vous et la Direction, vous êtes sur la bonne voie. D’ailleurs, suite à l’adoption d’un décret, on assiste à la décroissance des cadres intermédiaires dans  la fonction publique et on ne remplace qu’une personne sur deux actuellement. Qui s’en plaindra?

 Dans ce contexte, j’ai l’impression que les corps d’emploi ont tous avancé d’un pas. Les agents de bureau font un peu le travail que les techniciens et techniciennes en documentation faisaient (cardex des périodiques, acquisitions), les techniciens et les techniciennes font un peu ce que les bibliothécaires faisaient (catalogage, référence et même participation aux ateliers de formation) et les bibliothécaires ou SMTE sont de plus en plus aussi des conseillers pédagogiques et, dans le cas des cégeps plus imposants, des cadres.

4. Reddition de comptes

Dans un contexte, où on demande aux gestionnaires de s’assurer d’une bonne gestion des fonds publics, les bibliothèques collégiales doivent mettre en place des politiques axées sur la gestion des résultats. On doit s’assurer de bien valider annuellement la pertinence de nos investissements. Nous serons peut-être appelés un jour à justifier la pertinence même de notre existence alors que plusieurs estiment que tout se retrouve sur internet.

Pour justifier notre pertinence,  les statistiques de tout genre : fréquentation, usage, nombre de clics, nombre d’ateliers de formation, demandes d’acquisition, tant quantitatives que qualitatives, sont essentielles. Pour ma part j’ai ressorti notre bon vieux « tableau de bord de gestion ». Il sera pleinement en fonction dès septembre, disponible en ligne et nous permettra de faire état de nos activités et de nos services au quotidien.

5. La numérisation des collections.

Ce volet nous touche peu, à moins d’avoir des collections spécialisées. Dans notre cas à Granby nous avons le Fonds Douai de la chanson francophone, une imposante collection de livres, d’articles, de disques en chanson francophone. Nous irons de l’avant avec un portail de ressources en ligne en 2011-2012.  Si chaque cégep se trouve une niche et numérise ses collections, on pourrait en arriver à la mise en commun de collections numérisées.

6. L’explosion des appareils mobiles et des plates formes de lecture    (iPad, Kindle, Sony Reader)

Ipad, Kindle, Ibook, Sony Reader @ eReader Review

Il est essentiel d’intégrer à nos pratiques et à nos services, toute cette panoplie de nouvelles innovations que sont les téléphones intelligents et les plates formes de lecture comme L’iPad.  Déjà plusieurs bibliothèques collégiales vont de l’avant avec l’expérimentation du prêt d’appareils lors de projets pilotes. Si on retient les conclusions du Cefrio, publiées dans le quatrième fascicule « les C en tant qu’étudiant »,  il est donc pertinent d’envisager l’accès à nos catalogues par l’intermédiaire d’une plate-forme mobile ou une App d’Apple ou de Koha. La calibration de nos banques de ressources en ligne (encyclopédies, articles de périodiques, magazines, livres numériques) constitue un grand défi que nous ne pourrons relever tout seul. Des projets pilotes et la mise en commun de nos expertises s’imposent.

7.  Intensification de la collaboration pour intégrer le rôle de la bibliothèque à l’enseignement

C’est sans doute l’élément le plus important et celui qui me motive le plus : collaborer avec les enseignants et les responsables de programmes pour intégrer la bibliothèque aux activités de l’enseignement.  Cette collaboration peut prendre différentes formes, selon la culture organisationnelle de chaque institution. On pense à l’intégration des compétences informationnelles dans le Profil de compétences TIC avec le Reptic local pour s’assurer que le tout sera intégré dans le plan de compétences d’un programme. On pense évidemment à l’élaboration et la prestation d’ateliers de formation obligatoire dans le cadre d’un programme. Finalement, on rédigeant ces lignes, une responsable de programme me demande l’autorisation d’intégrer, à un recueil méthodologique destiné aux étudiants, certains biblio-guides de la bibliothèque. C’est là une belle complicité bibliothèque/enseignement. Comme professionnel, nous pouvons également être intégrés aux activités des midis et des journées pédagogiques.  Ce sont là des exemples où la bibliothèque prouve, hors de tout doute, son utilité et sa pertinence.

8. Contribuer de manière significative à la question du respect du droit d’auteur et autres considérations de nature éthique

La bibliothèque doit jouer un rôle dans la diffusion de l’information pour le respect des droits d’auteurs et tout ce qui concerne la question de la citation des sources pour éviter le plagiat. C’est un sujet qui me tient à cœur et pour lequel j’ai eu l’occasion d’échanger à différentes occasions (colloque, congrès, midi ou journée pédagogique) dont récemment en juin devant les participants à l’Intercaf 2011, les responsables de centres d’aide en français.  Une particularité intéressante et sans doute une tendance : ce n’est pas seulement la question textuelle qui doit être abordée, mais aussi celle des images fixes et animées (images et vidéos sur  internet). Voir à ce sujet mon billet précédent dans ce blogue ou directement le biblio-guide no. 17 Pour un usage éthique des images dans un cadre pédagogique

9. Attachez vos tuques, côté technologie vous n’avez rien vu …

Catalogue de la bibliothèque. Outil de découverte @UQTR

Ce n’est pas seulement de l’expansion de la mobilité, que l’on doit tenir compte, mais aussi du Cloud computing (informatique en nuage ou infonuagique ???), de la réalité virtuelle et des outils de découvertes regroupant à une même enseigne le catalogue, le texte intégral des périodiques et les ouvrages de référence. Il y a aussi les médias sociaux, mais les blogues, Facebook et Twitter ont déjà fait leur entrée dans les bibliothèques collégiales.

Pour ma part, c’est la question du développement d’un outil de découverte qui m’intéresse. La bibliothèque de l’Université de Sherbrooke vient de faire l’acquisition d’une solution d’affaire de ce genre au coût de 50 000$.  Le réseau des bibliothèques de l’Université du Québec, a déjà mis en place une solution qui intègre efficacement à l’interface du catalogue,  les différentes ressources numériques. Voir à ce sujet leur capsule minute brillante.

Nous n’avons sûrement pas les moyens des universités individuellement, mais collectivement, si on se regroupe par SIGB (Koha, Regard), on peut sûrement y arriver et intégrer des outils de découverte à nos sites web.

10. Redéfinir nos espaces physiques

Bibliothèques troisième lieu : les 10 essentiels, proposé par Bibliomancienne

Bibliothèques de troisième lieu : les 10 essentiels, un dossier proposé par Bibliomancienne

Nous sommes plusieurs à avoir redéfini nos espaces par des agrandissements et des projets de rénovation. Je pense notamment au Cégep Limoilou, à St-Jean sur le Richelieu et bientôt Édouard-Montpetit.  Dans ces projets, il n’est pas rare de constater que les espaces dévolus aux périodiques et aux ouvrages de référence ont cédé un peu et parfois beaucoup de place pour permettre d’installer des espaces facilitant le travail collaboratif et l’usage d’un portable. On mentionne dans le document de l’ARCR, la notion de Library as a place, ce que nous avons adapté en milieu francophone, par le concept de bibliothèque comme troisième lieux. Voir à ce sujet l’imposant dossier compilé par notre bibliomancienne, blogueuse et twitteuse à tout vent, Marie D. Martel .

En terminant, nos collègues américains soulignent que trouver le juste milieu afin de toujours bien desservir nos clientèles est un important défi. On assiste au déclin du service de référence, mais à la croissance de l’aide en ligne par un site web ou des tutoriels ou des ateliers de formation. Il faut savoir s’ajuster. On note également que la tendance du développement durable n’a pas été abordée, mais qu’elle s’imposera rapidement comme incontournable.

Et vous, chers collègues et personnes intéressées par les bibliothèques, quel est le défi qui vous sollicite le plus ? Utilisez le module de commentaires ci-bas pour partager vos impressions!

Source de l’article résumé, commenté et adapté :                                                                           2010 top ten trends in academic libraries : A review of the current literature. June 2010 College & Research Libraries News vol. 71 no. 6 286-292

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6 réponses à 10 tendances majeures touchant le développement des bibliothèques académiques

  1. Toutes mes félicitations pour cet excellent article! Cela va beaucoup m’aider dans le travail de vision pour la bibliothèque (à Ahuntsic).
    Quel plaisir de lire et d’apprendre.
    Bravo.

  2. Merci Daniel pour ce portrait intégré des ressources actuelles du réseau, ainsi que d’avoir campé les défis du futur pour notre beau réseau! J’ai hâte de consulter votre «portail de ressources en ligne» (point 5) et invite tous les citoyens du Québec à signer l’ « Appel à la numérisation du patrimoine culturel québécois« !

  3. Stephan Garneau dit :

    Bonjour monsieur Marquis,

    J’ai très apprécié votre analyse en ce qui à trait au développement des bibliothèques académiques. J’ai apprécié tout particulièrement lorsque vous mentionnez: « un indice pour valider votre relation avec l’enseignement: la place que vous occupez dans l’organigramme. Si vous relevez de la Direction des études et qu’il n’y a pas trop de cadres intermédiaires, entre vous et la Direction, vous êtes sur la bonne voie ». De notre côté, la bibliothèque relève de la Direction des services administratifs. Comme on dit, on a encore du chemin à faire.

  4. Elsa Moulin dit :

    Bonjour,
    J’ai lu avec beaucoup d’intérêt votre article mais en lecture 2.0, il m’a fallu 2h!!

    Tout à fait d’accord avec la remarque sur la hiérarchie, chez moi ce n’est pas mal non plus, j’appréciais plus le petit centre collégial ou j’étais avant…

    Votre remarque sur le bibliothécaire-enseignant me fait penser qu’en France, on a des documentalistes-enseignants, qui au moins sont reconnus comme tels. En même temps la position des bibliothèques comme à côté et aussi loisirs par rapport à l’enseignement doit rester et se renforcer.

    Je suis un peu sceptique quant aux statistiques : j’aime faire des rapports d’activités qualitatifs et quantitatifs mais pas compiler toutes sortes de statistiques pour avoir la confirmation d’une baisse de fréquentation qu’on avait déjà constaté!

    Les espaces physiques me semblent quelque chose d’essentiel : l’innovation sur le plan des technologies et du virtuel doit être accompagnée sur l’innovation sur les espaces et la convivialité.

  5. elsa verde dit :

    Bonjour Monsieur Marquis, je suis représentative pour les product de bibliotek à Stockolm et je suis en francais immersion et j ai bien loved votre blog article sur ce subject. Merci bocoup.

  6. Lise Rioux dit :

    Bonjour et toutes mes félicitations pour votre article si pertinent. Je réalise en vous lisant que notre Bibliothèque est déjà engagée dans ce nouveau virage. Nous sommes un petit cégep au service de notre clientèle. Je constate aussi que nous avons la même vision. Je vous invite à venir nous visiter pour échanger sur le sujet.

    Lise Rioux Cégep de La Pocatière.

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